Idées préconçues
Vivre sa relation de couple « autrement », c’est souvent faire face à un lot d’idées reçues et de préjugés. Pour mettre de côté le modèle monogame exclusif, imposé comme la norme par défaut dans la majorité des sociétés et la quasi-totalité des religions, il faut réussir à déconstruire certains concepts et à corriger des idées préconçues qui ont la couenne dure.
Je met de côté l’exploration sociologique de la monogamie et son utilisation comme outil de contrôle des populations, y’en a des beaucoup plus éduqués que moi qui en ont gros à dire sur le sujet !
Pour ma part, je vais dégrossir des principes que je travaille moi-même à déconstruire et que je croise continuellement dans mon prosélytisme libertin…
La jalousie est un indicateur d’intensité d’amour.
Il est attendu, convenu, que pour être en amour, il FAUT être jaloux. Ce n’est pas optionnel. Ne le soyez pas à vos dépends: on va vous le reprocher. Comment prouver que je tiens à quelqu’un si ce n’est en pétant une coche dès que je sens ma place menacée ? Posez-vous réellement cette question, parce que la réponse s’y trouve: la réaction de colère liée à la jalousie pointe 100% vers notre propre insécurité, pas vers les actions de quelqu’un d’autre. Impossible donc que ce soit un indicateur de quoi que ce soit d’autre que la maturité émotionnelle d’un individu.
Oui, le sujet de la jalousie est infiniment plus complexe qu’un simple paragraphe, mais l’idée qu’être jaloux manifeste un degré d’engagement émotionnel envers un partenaire est d’une bêtise infinie, et comme pour bien des concepts, c’est une réaction auquel on ne pense même plus tellement elle nous semble normale.
Dans un couple, le plaisir sexuel est automatiquement partagé de façon égale entre les partenaires.
Un concept simplement pris pour acquis. Jamais discuté, jamais mis sur la sellette, interrogé, disséqué, analysé. Le concept que l’orgasme de l’un a un effet sur l’autre est vrai. C’est indéniable. Mais penser que la jouissance de l’un correspond à celle de l’autre ? C’est la mère de toutes les bombes à retardement… Combien de gens se disent éteints, morts, vides quand on parle de leur sexualité de couple ? Cette fausse sécurité mène quotidiennement des couples qui s’aiment pourtant d’un amour vrai à s’éloigner, à creuser un fossé d’attentes déçues et de plaisirs inassouvis.
Ne prenez JAMAIS pour acquis que ce qui vous allume, qui vous fait vibrer, qui vous fait jouir a un effet réciproque sur votre partenaire. Ce n’est qu’en discutant et en explorant les variations d’un plaisir qu’on trouve la formule qui comble les deux partenaires, pas en misant sur la répétition.
Nos expériences sexuelles passées sont similaires, on a les même points de repère.
J’ai écrit un texte sur l’asymétrie sexuelle qui met la table à ce sujet. Dans une société où l’éducation sexuelle est soit inexistante, soit entièrement axée sur la physiologie et la santé, il n’existe aucun repères communs pour l’aspect émotionnel de la sexualité. Penser que notre meilleure moitié comprend et partage notre perspective est une piste dangereuse si on ne l’accompagne pas d’échanges clairs et honnêtes.
Nos points de repères nous appartiennent et ne correspondent à peu près jamais à ceux de notre partenaire. Être une « slut », se comporter en « salope », jouer au « gimp », ce sont des termes susceptible de faire bander autant que de choquer si on ne les a pas mis en perspective… En toute chose dans la vie, nous sommes le reflet de nos expériences passées. Aucune raison que ce soit différent dans la sphère sexuelle !
La communication claire et transparente ?
Pas besoin, on se connaît par coeur.
Complément du point précédent sur ce qui semble être une maladie, particulièrement chez les couples plus âgés ou ayant passé le plus de temps ensemble. Apparemment, par osmose corporelle, si on passe assez de temps avec quelqu’un, on apprend et on comprend tout de cette personne. Formidable non ?
Évidemment, quand on a creusé un peu la profondeur de la personnalité de notre partenaire, on a bien vite compris que 3 ou 4 vies ensemble ne suffiraient sans doute pas à faire le tour. J’ai appris des choses sur ma Chérie après 20 ans de vie commune que je sais sur des étrangers après 15 minutes de conversation. La nuance étant bien sûr de tout simplement poser la question…
Il n’est pas de relation assez longue, assez solide, assez fusionnelle, assez complète pour prétendre que le dialogue, simple, décomplexé, transparent ne puisse pas faire une différence. À quoi ça ressemble ?
Montre-moi comment tu te fait jouir.
Quelle image mentale te fait bander immédiatement.
Quel mouvement ou quelle action au quotidien est susceptible de te faire mouiller.
Où est-ce que tu te masturbes.
Quand est-ce que tu te masturbes.
Est-ce que tu te masturbes !
Autant de questions ou de connaissances qu’on peut penser avoir maîtrisé, jusqu’à ce qu’on prenne la peine de poser la question… et de constater l’étendue de notre ignorance.
Les fantasmes d’un partenaire sont alignés sur la capacité de l’autre partenaire à exécuter ces fantasmes.
Encore un point en lien avec les repères et la communication (surprise, la communication encore!) qui tend à contraindre les fantasmes d’un partenaire aux caractéristiques ou capacités de notre partenaire. « Mon fantasme, c’est que tu me prennes dans l’auto ». C’est parfaitement valide comme désir, mais si on s’y limite parce qu’en fait ce qu’on voudrait vraiment c’est se faire prendre par un inconnu sur le capot de la voiture en public, c’est une privation, un compromis qui souvent ne sert qu’à nourrir une frustration ou un ressentiment. Dans cet exemple, le partenaire ne peut pas combler le fantasme, il n’est pas un inconnu. Pensez ensuite aux fantasmes homosexuels, de groupe, de personnes racisées ou de toute autre forme de désir corporel que le partenaire ne peut pas assouvir. J’aurais beau invoquer tout l’amour que j’ai pour Chérie, si pour assouvir son désir brûlant je dois être une femme à la peau couleur de la nuit, je n’y arriverai tout simplement pas…
L’univers du fantasme doit avoir la capacité de s’exprimer en-dehors de l’exclusivité sexuelle sans créer de conflit ou de friction. Vouloir un corps, peu importe son type, est une base fondamentale du désir sexuel. Et s’imaginer que le notre, en tant que partenaire, va réussir à se substituer à l’infinie variété du désir de l’autre, c’est… risible.
La satisfaction sexuelle est quantifiable et constante dans le temps.
On ira pas ici s’aventurer dans les champs d’études sexologique, psychologiques et sociologiques, mais on va au moins convenir d’une chose: ce qui nous excitait à 20 ans n’a aucune commune mesure avec notre imagination sexuelle à 30, 40 ou 50 ans. Ainsi, imaginer qu’on maîtrise le sujet parce qu’on a pris le temps, il y a 15 ans, d’avoir une conversation en profondeur avec notre partenaire sur la vie sexuelle de notre couple, c’est oublier que la sexualité est un besoin en constante évolution, qui change et mute à chaque conversation, chaque expérience, chaque orgasme.
On ne mesure pas notre satisfaction. On l’exprime ou on la cherche. On la manifeste ou on la travaille. En se rappelant que tout comme les rénos de la maison, dès qu’on aura eu l’impression d’avoir fait le tour, ce sera tout à recommencer.
La fidélité et l’exclusivité, c’est la même chose.
La fidélité, selon Le Robert, c’est la « qualité de quelqu’un qui est constant dans ses sentiments, ses affections, ses habitudes. »
L’exclusivité, selon le même dictionnaire, est ce « qui exclut tout partage, qui appartient à une seule personne. »
C’est weird qu’on ait juste à consulter la définition pour comprendre l’immense distance qui sépare les deux concepts ! La fidélité en couple, c’est d’abord et avant tout l’engagement émotionnel, la confiance mutuelle d’une vie, d’objectifs en commun, le bonheur étant souvent à la tête de la liste. La fidélité c’est une question de confiance et de respect de l’autre. C’est dans la fidélité qu’on est transparents et honnêtes avec notre partenaire, bien plus que dans la jalousie, la peur de perdre ou le désir de plaire. La fidélité, c’est une notion d’appartenance à l’autre. Pas de propriété.
L’exclusivité, c’est une notion de propriété, pas d’appartenance ! Ben oui c’est niaiseux comme explication, mais c’est pourtant ce qui vulgarise le concept le plus efficacement. Et les amoureux se reconnaissent souvent dans ces notions: j’ai une appartenance à mon partenaire, mais je ne lui appartiens pas.
L’exclusivité sexuelle, c’est une notion de contrôle qui marche main dans la main avec la monogamie, justement parce que ça permet de simplifier et classifier les relations humaines. Mais avec un peu de travail, un peu d’introspection et surtout beaaaaucoup de communication, on comprends bien vite que l’abandon de l’exclusivité, ça se traduit parfois – souvent – par une augmentation spectaculaire de la fidélité.
Les libertins les plus amoureux vous le confirmerons: on baise comme des bêtes la veille parce qu’on est pas exclusif, mais on fait l’amour tendrement le lendemain parce qu’on est fidèles… (« reclaim sex », un sujet à venir 😉 )
Ouvrir mon couple, c’est un signe de faiblesse, l’admission d’une rupture inévitable.
La mère de toutes les opinions mal informées sur le libertinage et la non-monogamie. C’est pourtant facile à comprendre ou à voir d’où vient l’idée reçue: qui n’a jamais entendu parler de ce couple « prêts à tout » pour faire revivre la flamme ? Faire un bébé ? Se marier en fanfarre ? Se lancer dans un projet d’entreprise ou de rénovations monumentales de maison ?
Le concept de soumettre une relation à un « stress test » pour valider sa solidité fait abstraction de l’ingénierie la plus élémentaire: si tout laisse croire que le pont va s’effondrer si on le charge, on a pas le droit d’être surpris quand il va céder…
Par contre, si on envisage de charger le pont et qu’on doute de sa solidité, on a tous les droits de procéder aux travaux nécessaires pour s’assurer que le test soit un succès 🙂
L’analogie est valable pour le libertinage: se lancer dans l’exploration libertine dans un contexte où la communication, la confiance ou simplement l’harmonie ne sont pas au beau fixe, c’est inévitablement se lancer vers le mur à haute vélocité.
Mais prendre l’opportunité de l’exploration libertine pour redéfinir ou polir les canaux de communications, puiser dans l’harmonie, l’amour ou simplement la curiosité mutuelle pour s’assurer que la route est solide sous nos pieds, c’est se permettre de vivre des choses extraordinaires et d’en revenir plus solides qu’avant.
On ne sauve pas un couple en l’ouvrant, mais ouvrir un couple peut le sauver. Se donner la permission de laisser sa sexualité contribuer à notre bonheur au quotidien, que ce soit en amorçant un dialogue intime avec notre partenaire ou en vivant notre énième orgie, ça ne sera jamais de l’énergie gaspillée. Et quand c’est bien exécuté, les milles plaisirs qui vous attendent vont largement récompenser les efforts investis.
