"Non est une phrase complète."

(Samuele – Une paillette dans l’engrenage – 2023)

 

« Non », c’est un des mots les plus puissants qui soit. C’est aussi un des mots les plus honnis de la langue Française, pour toutes les bonnes et les mauvaises raisons.

Un des secrets de l’exploration libertine, c’est de réussir à abandonner les conventions sociales. Se libérer des codes et des non-dits qui gouvernent nos interactions au quotidien, en acceptant que quand on évolue dans un univers où plus aucune règle sociale n’a de portée, on doit s’en remettre à trouver un cadre simple et clair pour ne pas sombrer dans l’anarchie. Ce cadre, c’est le respect. Tout passe par là dans le libertinage: le consentement, l’acceptation, l’ouverture, le plaisir, la permission, le bonheur, …l’orgasme.
Tout prend forme dans le respect. Respect des autres, bien entendu, mais surtout de soi-même. Respect de nos valeurs, de nos goûts, de nos désirs, mais aussi de nos peurs et de nos insécurités.

On apprend très jeune a villifier le « non »: quand il arrive de papa ou maman, du professeur, de la gardienne. Quand on le reçoit en pleine face des amis qui ne veulent pas jouer, de notre crush qui ne veut pas aller au bal, de notre premier patron, de notre banquier. Quand il nous interdit nos rêves, nos espoirs, nos désirs… Dans la codification de nos interactions sociales, « non » devient rapidement proscrit, une réponse inutilisable sous peine de s’exposer aux pire des châtiments possibles pour une créature sociale: faire de la peine, contrarier, créer le conflit… À différents degrés, nous sommes tous des people pleaser, dans la mesure où refuser à quelqu’un sa demande requiert toujours un peu plus de boulot que de l’accepter. Pensez-bien aux dernières fois que vous avez dit oui à quelqu’un dans les 24 dernières heures. Maintenant, refaites l’exercice avec « non ». Vous risquez de vous surprendre vous-même.

« Non » est un outil réservé aux institutions, au monde des affaires, aux circonstances quantifiables, où l’ on peut résonner, justifier son refus. On ne dit pas non à une invitation à souper, on trouve une excuse. On ne dit pas non à ses amis pour une sortie, on se trouve autre chose à faire. Pire encore, on cantonne le « non » dans un rôle où il ne semble servir que les sans-coeurs et autres sociopathes. De là, on est programmés pour corréler notre propre valeur à la décision de quelqu’un d’autre. En bref, « non », ça peut faire beaucoup de dégâts…

Mais voilà, « non » ce n’est pas qu’un concept qui nous accable. On peut, on doit se le réapproprier. Savoir dire non, ça peut devenir un super-pouvoir, une armure impénétrable aux assauts de gens et de choses qui veulent leur bien au dépend du notre. Savoir dire non, c’est savoir se choisir, se prioriser, se mettre en avant, au sommet de la liste des considérations à la suite d’une demande. Mais tout cela est vrai dans la vie de tous les jours, me direz-vous, alors pourquoi cette importance dans le contexte libertin ?

Parce que quand il ne reste aucune considération sous-jacente à une demande, « non » devient aussi facile, aussi simple à dire, que « oui ». Quand on a plus a considérer l’image qu’on projette, l’état d’esprit de notre interlocuteur, la douleur de la réjection, la blessure du refus, il ne nous reste que la seule question qui soit valable, la seule considération qui vaille réflexion dans le contexte du plaisir: est-ce que j’en ai envie ?  

Réapprendre à dire non, c’est aussi réapprendre à recevoir un « non ». C’est accepter d’aborder un refus sans y attacher la moindre signification ou intention, le moindre bagage qui aille au-delà de son sens le plus simple: il/elle n’en as pas envie.
Donc, pas de « je suis trop vieux/jeune/gros/mince/poilu/glabre/insérezicivotreinsécuritédumoment ». Pas de sous-entendu, de message caché. Aucune classification sociale associée, de vote de popularité, de beauté ou d’intérêt.

– Non, merci. C’est gentil mais je n’ai pas envie de ce que tu me proposes.

Tout simplement.

Ça semble bête, presque enfantin de revisiter un concept digéré dans notre plus tendre enfance, avant même le « s’il vous plaît » et le « merci », mais savoir dire non, accepter de dire non, dire non au moment où il est nécessaire de le dire, c’est probablement un des plus grands défis de l’exploration libertine. Dans le feu de l’action, en groupe, en couple, en privé, à tout moment de la soirée, sur la terrasse, la piste de danse ou flambant nu, peu importe la circonstance, le moment ou l’ambiance. « Non » a une priorité absolue sur tout le reste et c’est notre responsabilité à tous, comme participants ou comme spectateurs, de lui laisser toute la place dont il a besoin pour se faire entendre.

Facile ? Good, prenez ceci comme un défi alors: apprenez à dire non. Essayez-le. Même gratuitement, même si c’est pour dire oui instantanément après. Dépoussiérez-le régulièrement, gardez-le à portée de main, prêt à servir. Pratiquez-vous à le servir, doucement, gentiment, poliment, dans le respect toujours. Respect de la personne qui a formulé une demande, respect de ce que cette demande vous inspire.

 

Parce qu’un jour, peut-être même juste une fois, un « non » libre, assumé, pratiqué, peut changer le cours d’un jeu, d’une soirée.
D’une vie, parfois.

Libérez votre « non » !